Un but, une chaussure retirée et un baiser devenu historique. Lors de la Coupe du monde féminine 2007, Kelly Smith a marqué les esprits en célébrant son égalisation contre le Japon d’une manière inattendue. Si cette scène a contribué à faire connaître davantage le football féminin anglais, elle a également suscité des critiques, notamment de la part de sa sélectionneuse Hope Powell. Derrière ce geste jugé arrogant par certains se cachait pourtant une histoire personnelle marquée par les blessures et une longue reconstruction.

Un geste devenu célèbre face au Japon

En septembre 2007, l’Angleterre retrouve la Coupe du monde féminine après douze années d’absence. Pour son premier match en Chine, elle affronte le Japon et se retrouve menée au score. Kelly Smith égalise en fin de rencontre avant de retirer sa chaussure, de la brandir et de l’embrasser devant les spectateurs.

La rencontre s’achève sur un spectaculaire match nul (2-2), après une égalisation japonaise signée Aya Miyama sur coup franc dans le temps additionnel. Pourtant, au-delà du résultat, c’est la célébration de l’attaquante anglaise qui reste l’une des images marquantes de cette édition.

Smith expliquera plus tard avoir imaginé cette célébration dès la veille du match. Elle s’était visualisée en train de marquer puis de montrer sa chaussure au public. Le baiser, lui, est venu spontanément sous le coup de l’émotion.

Pourquoi Hope Powell n’avait pas apprécié

La célébration n’a pas fait l’unanimité. Certains observateurs y ont vu une démonstration d’arrogance, tandis que Hope Powell, alors sélectionneuse de l’Angleterre, a reproché à sa joueuse de s’exposer inutilement.

Selon les souvenirs rapportés par Kelly Smith, sa sélectionneuse lui a demandé de ne plus reproduire ce geste, estimant que son statut de joueuse particulièrement surveillée suffisait déjà à attirer l’attention des adversaires.

Avec le recul, l’ancienne attaquante reconnaît que sa réaction pouvait être interprétée négativement. Elle refuse néanmoins de regretter cet instant, dont la signification dépassait largement le simple plaisir d’avoir marqué.

Des blessures et une reconstruction derrière l’émotion

Avant de disputer ce Mondial, Kelly Smith avait traversé plusieurs années particulièrement difficiles. Une rupture du ligament croisé antérieur en 2002, de nouveaux problèmes au genou en 2003 puis une fracture de la jambe en 2004 avaient sérieusement perturbé sa carrière.

Ces blessures répétées avaient également affecté sa santé mentale. L’internationale anglaise a raconté avoir traversé une période de dépression et développé une dépendance à l’alcool. Elle avait ensuite entrepris un parcours de soins au sein de Sporting Chance, une structure d’accompagnement fondée par l’ancien international anglais Tony Adams.

Son retour au premier plan prend alors une dimension particulière. Avec neuf buts en huit rencontres pendant les qualifications, Smith joue un rôle déterminant dans le retour de l’Angleterre en Coupe du monde. Son triplé contre les Pays-Bas figure notamment parmi ses performances marquantes.

Pour elle, embrasser sa chaussure représentait ainsi bien davantage qu’une provocation : ce geste symbolisait les années de sacrifices nécessaires pour retrouver le plus haut niveau.

Un tournant dans l’histoire des Lionesses

Le parcours anglais ne s’arrête pas au match contre le Japon. Les Lionesses obtiennent ensuite un nul face à l’Allemagne, tenante du titre, avant de battre l’Argentine 6-1, avec deux nouveaux buts de Kelly Smith. L’aventure se termine en quarts de finale contre les États-Unis.

Cette campagne constitue néanmoins une étape importante dans le développement du football féminin en Angleterre. Les Lionesses participeront à toutes les éditions suivantes de la Coupe du monde, décrochant notamment la troisième place en 2015 avant d’atteindre la finale en 2023 sous la direction de Sarina Wiegman.

La célébration de Kelly Smith reste associée à cette période charnière. Bien avant la popularité actuelle des Lionesses, elle avait offert au football féminin anglais une image forte, capable de dépasser le cadre du terrain. Près de vingt ans plus tard, ce baiser à la chaussure raconte autant la renaissance d’une joueuse que l’affirmation progressive de toute une sélection.