Manchester United traverse l’une des périodes les plus inquiétantes de son histoire récente. Avec une seule victoire en neuf journées de Premier League et une série de neuf rencontres sans succès toutes compétitions confondues, les Red Devils se retrouvent dangereusement proches de la zone de relégation. Michael Carrick subit une pression grandissante, mais réduire cette crise aux résultats de son entraîneur serait une erreur. Le déclin mancunien est le résultat de nombreuses années de décisions contestables, d’une gouvernance instable et d’un recrutement souvent coûteux et mal maîtrisé.
Les Glazer, à l’origine d’un problème structurel
La famille Glazer occupe une place centrale dans cette histoire. Son arrivée à la tête du club en 2005, après une prise de contrôle financée en grande partie par l’endettement, a profondément changé la situation économique de Manchester United. Malgré les succès sportifs obtenus sous Sir Alex Ferguson, les interrogations sur la gestion financière et les priorités des propriétaires n’ont jamais véritablement disparu.
Ferguson et David Gill avaient réussi à préserver une organisation sportive particulièrement efficace. Leur départ simultané en 2013 a toutefois révélé les fragilités d’un modèle qui reposait énormément sur leurs compétences. Sans cette direction expérimentée, le club a progressivement perdu sa capacité à anticiper et à construire sur le long terme.
Une succession d’entraîneurs sans véritable continuité
Depuis le départ de Ferguson, Manchester United a multiplié les changements sur son banc. David Moyes, Louis van Gaal, José Mourinho, Ole Gunnar Solskjaer, Erik ten Hag et Ruben Amorim ont chacun tenté d’imposer leur vision. Certains ont remporté des trophées, d’autres ont relancé momentanément l’équipe, mais aucun n’a réussi à installer durablement une identité sportive comparable à celle de l’ancienne époque.
Le problème dépasse pourtant les choix tactiques. Chaque nouvel entraîneur a souvent hérité d’un effectif construit pour les idées de son prédécesseur. Les changements de système, les recrutements successifs et les décisions contradictoires ont empêché le club de développer un projet cohérent. Le passage d’Amorim a notamment illustré les difficultés à concilier les ambitions sportives d’un entraîneur avec les orientations de la direction.
Un recrutement extrêmement coûteux et trop souvent décevant
Manchester United a également dépensé des sommes considérables sur le marché des transferts sans obtenir les résultats attendus. Plusieurs joueurs recrutés à prix élevé n’ont jamais réussi à justifier les investissements consentis. Les dossiers de Paul Pogba, Romelu Lukaku, Jadon Sancho ou Antony illustrent les difficultés rencontrées par le club pour identifier les profils réellement adaptés à ses besoins.
Le problème ne concerne pas uniquement les joueurs. La responsabilité revient aussi aux dirigeants chargés de définir les priorités, de négocier les transferts et de construire un effectif équilibré. Les décisions prises sous Ed Woodward, puis sous les différentes directions sportives, ont régulièrement été critiquées pour leur manque de cohérence. Les difficultés rencontrées par Lisandro Martínez lors de la défaite contre Chelsea rappellent également que les problèmes actuels concernent directement les performances collectives et individuelles.
Pour comprendre l’ampleur de la crise sportive actuelle, il faut aussi revenir sur la défaite contre Chelsea et l’expulsion de Lisandro Martínez, un nouvel épisode révélateur des difficultés mancuniennes.
INEOS n’a pas encore réussi à redresser la situation
L’arrivée de Jim Ratcliffe et d’INEOS devait marquer un nouveau départ. En prenant le contrôle des opérations sportives après l’acquisition d’une participation minoritaire en 2024, le groupe promettait une organisation plus professionnelle et une meilleure politique de recrutement. Plusieurs changements ont effectivement été engagés dans la structure dirigeante.
Mais les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées. Les hésitations autour du poste d’entraîneur, les changements de stratégie et les choix concernant la composition de l’effectif ont nourri les critiques. Les mesures d’économies imposées aux employés et certaines décisions concernant les supporters ont également détérioré l’image de la nouvelle direction. INEOS devait apporter de la stabilité ; le groupe doit désormais démontrer qu’il possède réellement une vision durable.
Michael Carrick peut-il être tenu pour seul responsable ?
La situation de Michael Carrick est particulièrement délicate. L’entraîneur doit obtenir rapidement des résultats alors que Manchester United reste à proximité immédiate de la zone rouge. Sa série actuelle fragilise naturellement sa position, mais un éventuel changement de technicien ne réglerait pas automatiquement les problèmes accumulés au fil des années.
Le club doit retrouver une véritable cohérence entre ses dirigeants, son recrutement et son projet de jeu. La défense, l’équilibre de l’effectif et la capacité des joueurs à répondre dans les moments difficiles représentent des chantiers prioritaires. Le précédent avertissement d’Erik ten Hag sur le risque de relégation sous Michael Carrick prend désormais une dimension particulièrement préoccupante.
Une responsabilité collective pour sortir de la crise
Alors, qui est le principal responsable du déclin de Manchester United ? Les propriétaires portent une responsabilité majeure dans la gouvernance et les choix stratégiques. Les dirigeants sportifs doivent également assumer les erreurs de recrutement et le manque de continuité. Les entraîneurs successifs ne sont pas exempts de critiques, pas plus que les joueurs qui doivent répondre sur le terrain.
La réalité est donc moins simple que la recherche d’un seul coupable. Manchester United souffre d’un problème institutionnel qui s’est aggravé au fil des saisons. Tant que le club ne retrouvera pas une direction sportive stable, une politique de recrutement cohérente et des objectifs partagés, les changements de personnel risquent de ne produire que des améliorations temporaires. Pour une institution habituée aux sommets, la priorité n’est plus seulement de retrouver la Ligue des champions : elle est désormais de reconstruire des fondations suffisamment solides pour éviter que la crise ne s’aggrave encore.