Il n’a jamais remporté la Coupe du monde, mais son nom reste gravé parmi les plus grandes légendes du football brésilien. Zico, ancienne idole de Flamengo et figure majeure de la Seleção, a marqué l’histoire bien au-delà de ses buts et de ses coups francs. Tout au long de sa carrière, puis après sa retraite, l’ancien numéro 10 a également combattu les injustices du football, défendu les joueurs les plus modestes et tenté de transformer les institutions qui dirigent ce sport.
Flamengo, le club d’une vie
Né en 1953 à Rio de Janeiro sous le nom d’Arthur Antunes Coimbra, Zico n’était pas forcément destiné à devenir une légende. Son physique relativement frêle avait suscité des interrogations durant sa jeunesse. Grâce à un programme de préparation physique exigeant, une alimentation adaptée et beaucoup de travail, il a progressivement construit le joueur exceptionnel que le Brésil allait découvrir.
Son histoire est intimement liée à celle de Flamengo. Avec plus de 700 rencontres disputées et plus de 500 buts inscrits pour son club de cœur, il a participé à la période la plus glorieuse de son histoire. L’année 1981 reste particulièrement importante : sous son impulsion, Flamengo remporte la Copa Libertadores avant de battre Liverpool en Coupe intercontinentale. Une consécration qui installe définitivement Zico dans le panthéon du club de Rio.
Un immense joueur sans Coupe du monde
Avec la sélection brésilienne, Zico a également laissé une empreinte considérable. Pourtant, son parcours international conserve une particularité douloureuse : malgré trois participations à la Coupe du monde, en 1978, 1982 et 1986, il n’a jamais soulevé le trophée. La génération de 1982, réputée pour son football spectaculaire, avait notamment été éliminée par l’Italie, future championne.
En 1986, une blessure et un penalty manqué pendant le temps réglementaire face à la France ont également marqué son parcours. Ces désillusions n’ont toutefois pas effacé son immense contribution. Zico figure parmi les meilleurs buteurs de l’histoire de la Seleção et a été désigné meilleur joueur du monde par plusieurs publications internationales au début des années 1980. Sa place parmi les grands noms du football brésilien ne dépend donc pas uniquement des trophées remportés.
Un combat pour les joueurs les plus modestes
La particularité de Zico tient aussi à son engagement en faveur des footballeurs. Alors qu’il évoluait au sommet de sa carrière, il s’est investi dans la création d’une organisation destinée à défendre les intérêts des professionnels brésiliens. Il a notamment participé à la fondation de l’Associação Profissional dos Atletas de Futebol, devenue le syndicat des joueurs de Rio de Janeiro en 1979, avant d’en prendre la présidence.
Son objectif dépassait largement la défense des vedettes. Zico souhaitait améliorer les conditions de travail des milliers de professionnels qui évoluaient loin des projecteurs et percevaient des rémunérations particulièrement faibles. Il dénonçait déjà au début des années 1980 les écarts considérables entre les joueurs les mieux payés et ceux qui peinaient à vivre de leur métier. Cette préoccupation reste présente dans son discours, notamment concernant les jeunes joueurs dont les revenus servent parfois à soutenir toute leur famille.
Du Brésil au Japon, une influence qui dépasse les frontières
Après sa carrière internationale, Zico a poursuivi son engagement dans la transformation du football. Nommé secrétaire aux Sports du Brésil en 1990, il a défendu plusieurs réformes destinées à moderniser la gestion des clubs et l’organisation du sport professionnel. Face aux résistances politiques et institutionnelles, il a finalement quitté ses fonctions en 1991. Ses propositions ont néanmoins contribué aux débats qui ont accompagné l’évolution de la législation sportive brésilienne, notamment autour de la fin du système du passe.
Son influence s’est également révélée déterminante au Japon. Son arrivée à Kashima Antlers a accompagné le développement du football professionnel japonais et le lancement de la J.League en 1993. Après avoir marqué les esprits sur les terrains, il a occupé plusieurs fonctions au sein du club. Il a ensuite dirigé la sélection japonaise entre 2002 et 2006, contribuant à faire évoluer sa mentalité et son approche du jeu. Son message était simple : les joueurs ne devaient pas avoir peur de prendre des initiatives et de commettre des erreurs.
Une candidature à la FIFA pour bousculer le système
En 2015, Zico a voulu aller encore plus loin en annonçant son intention de briguer la présidence de la FIFA, après le départ annoncé de Sepp Blatter. Son programme mettait notamment l’accent sur la réforme du système électoral et la lutte contre la corruption qui fragilisait alors l’instance internationale.
Il n’a finalement pas obtenu le soutien nécessaire des fédérations pour officialiser sa candidature. Cet échec n’a cependant pas changé sa position : il souhaitait que le football soit davantage au service de ceux qui le font vivre, plutôt que des dirigeants installés dans les institutions. Une démarche cohérente avec les combats qu’il avait menés depuis ses années de joueur.
À 73 ans, Zico reste une personnalité incontournable au Brésil et au Japon. Son héritage ne se limite pas à ses statistiques, à ses coups francs ou aux trophées remportés avec Flamengo. Il incarne aussi une certaine idée du football : un sport dans lequel le talent doit s’accompagner de responsabilité, de solidarité et de liberté. Une légende qui n’a jamais eu besoin d’une Coupe du monde pour imposer sa place dans l’histoire.