Paolo Maldini, Kaká, Andrea Pirlo, Clarence Seedorf, Andriy Shevchenko et Hernán Crespo : l’AC Milan de 2005 possédait un effectif exceptionnel, capable de rivaliser avec les plus grandes équipes de l’histoire du football. Pourtant, cette génération dirigée par Carlo Ancelotti reste associée à l’une des défaites les plus douloureuses de la Ligue des champions. Le 25 mai 2005, à Istanbul, les Rossoneri ont laissé échapper une finale qu’ils semblaient avoir totalement maîtrisée face à Liverpool.

Un effectif exceptionnel à tous les postes

La force de cette équipe reposait avant tout sur son équilibre. Dida gardait les buts derrière une défense impressionnante composée notamment de Cafu, Jaap Stam, Alessandro Nesta et Paolo Maldini. Au milieu, Andrea Pirlo organisait le jeu, soutenu par l’activité de Gennaro Gattuso et la technique de Clarence Seedorf. Plus haut, Kaká apportait créativité et percussion pour alimenter deux attaquants redoutables : Shevchenko et Crespo.

L’arrivée de Stam et le prêt de Crespo à l’été 2004 avaient encore renforcé un groupe déjà sacré champion d’Italie lors de la saison précédente. Ancelotti disposait alors d’une profondeur et d’une qualité technique rarement réunies dans un même effectif. Cette génération reste également indissociable de l’héritage de Kaká à San Siro, où le Brésilien a marqué l’histoire du club.

Une fin de saison qui fragilise les Rossoneri

Le parcours européen de Milan avait pourtant connu une première alerte dès les quarts de finale. Après une victoire 4-1 contre le Deportivo La Corogne à l’aller, les Italiens avaient subi une défaite 4-0 au retour. Une élimination spectaculaire finalement évitée, mais un avertissement sur la capacité de l’équipe à perdre le contrôle d’une rencontre.

En demi-finale, les Milanais avaient également souffert contre le PSV Eindhoven. Vainqueurs 2-0 au match aller, ils avaient perdu 3-1 aux Pays-Bas. Le but inscrit par Massimo Ambrosini dans le temps additionnel leur avait permis de rejoindre la finale grâce à la règle des buts à l’extérieur.

La fatigue a ensuite pesé lourd. Quatre jours après cette qualification difficile, Milan s’inclinait 1-0 contre la Juventus dans un match déterminant pour le championnat. Deux nouveaux matchs nuls contre Lecce et Palerme avaient finalement permis aux Turinois de décrocher le Scudetto. Les hommes d’Ancelotti arrivaient donc à Istanbul avec des signes évidents d’usure physique et mentale.

Istanbul, une finale qui bascule dans l’histoire

Face à Liverpool, le 25 mai 2005, Milan semblait pourtant intouchable durant la première période. Paolo Maldini ouvrait le score dès la première minute sur un coup franc. Hernán Crespo inscrivait ensuite deux buts, dont un superbe ballon piqué après une passe en profondeur de Kaká. À la pause, les Italiens menaient 3-0 et paraissaient avoir fait le plus difficile.

Mais Liverpool allait réaliser l’un des retours les plus célèbres de l’histoire de la compétition. Steven Gerrard relançait les Anglais, avant que Vladimir Smicer ne réduise encore l’écart. Xabi Alonso égalisait ensuite à 3-3, transformant une finale apparemment terminée en véritable cauchemar pour les Milanais.

Malgré leur retour dans la rencontre, les joueurs d’Ancelotti auraient encore pu reprendre l’avantage. Shevchenko se présentait notamment face à Jerzy Dudek à bout portant, mais le gardien polonais réalisait un arrêt décisif. La séance de tirs au but tournait finalement à l’avantage de Liverpool, vainqueur 3-2 après trois tentatives milanaises manquées.

Le sacre de 2007 n’efface pas le traumatisme

Deux ans plus tard, Milan retrouvait Liverpool en finale de la Ligue des champions à Athènes. Cette fois, les Italiens prenaient leur revanche grâce à un succès 2-1, avec un doublé de Filippo Inzaghi. Maldini, Pirlo, Seedorf, Gattuso et Kaká figuraient toujours parmi les éléments importants de l’équipe, mais plusieurs pièces majeures de la formation de 2005 avaient disparu, notamment Stam, Crespo et Shevchenko.

Ancelotti estimait d’ailleurs que son équipe de 2005 possédait davantage de qualité technique que celle sacrée en 2007. La victoire européenne avait alors été davantage le fruit de la détermination collective que d’une supériorité individuelle.

C’est précisément ce qui rend cette génération si particulière. Elle a remporté des titres importants au cours de son histoire, mais la formation réunie lors de la saison 2004-2005 n’a pas réussi à transformer son immense potentiel en sacre européen. Pour Maldini, Pirlo et leurs coéquipiers, Istanbul reste une blessure sportive difficile à effacer. Une équipe qui aurait pu entrer dans la légende comme l’une des plus grandes championnes d’Europe, mais dont le souvenir demeure indissociable de l’une des remontées les plus extraordinaires du football.